Kamphaus

Luc 23 verset 43 : “Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.”

Un des deux brigands sur la Croix a reçu une des dernières paroles du Seigneur. Et quelle parole ! Celle de la grâce et du Salut en Jésus ! Cet homme, bandit, brigand, voleur ou peu importe ce qu’il était, a reconnu devant Dieu sa propre misère et son état de perdition au crépuscule de sa vie. Et c’est ainsi qu’il supplie le Seigneur de se souvenir de lui, en interpellant au passage l’autre brigand : Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes, mais celui-ci n’a rien fait de mal. Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne.” (Luc 23 versets 40 & 42)Et là où personne n’aurait misé une pièce sur ce brigand pour qu’il s’en sorte, Jésus, avec une parole, lui assure qu’il sera le jour même au Ciel en Sa compagnie ! Mais qu’est-ce que ce brigand avait compris ? Comment sa vie, en quelques instants, a-t-elle été bouleversée ? Ne serait-ce pas à cause de l’Amour de Dieu pour les hommes qui se reconnaissent pécheurs et privés de la grâce ? En effet, tout commence à la Croix : Jésus, prenant la parole, leur dit : […] Je ne suis pas venu appeler à la repentance des justes, mais des pécheurs.” (Luc 5 verset 32)C’est ce que bien des années plus tard, un autre brigand, appelé Kamphausa aussi expérimenté.

L’impression qu’il me fit lorsque je pénétrai pour la première fois dans sa cellule fut plutôt désagréable. Dans sa tenue de bure, les fers aux pieds, les yeux exorbités, la voix rauque, cet homme qui avait demandé le secours d’un pasteur, n’inspirait guère confiance… Pourtant, une heure passée près de lui, tous deux assis côte à côte, sur le rebord du châlit scellé au parquet, une heure avait suffi pour que toute prévention soit brisée en moi, pour que je discerne sous les dehors encore hideux du condamné, une âme profondément perméable à l’Esprit de Dieu. «Le bandit Kamphaus», homme qui avait commis tant d’escroqueries, qui avait tué ou tenté de tuer plusieurs fois, reconnaissait ses fautes, confessait ses nombreux péchés dans les larmes et les supplications. Cet homme dur et mauvais implorait de toute son âme le pardon divin. Puis il me dit : «Si Dieu veut que je sois gracié, alors je ferai comme les salutistes. Je proclamerai son amour de toutes mes forces. Je n’aurai pas peur des insultes ou des moqueries. Et s’Il ne permet pas que j’échappe à la guillotine, je me dirai qu’il a en vue, pour moi, une tâche plus haute et plus utile encore. Que Sa volonté se fasse et non la mienne.» Les soins dont il était entouré par le gardien-chef de la prison et par ses gardiens particuliers, les lettres qu’il recevait d’un ménage chrétien, les visites pastorales, tout cela contribuait à maintenir son courage et son espoir. Toutefois, on pouvait se demander quelle serait la réaction du condamné à l’heure décisive. Cette réaction fut tout simplement sublime. A 4 heures 50 du matin, nous gravîmes hâtivement les degrés qui donnent accès au palier des cellules. Le procureur de la République ouvrait la marche, derrière lui, l’aumônier catholique chargé d’assister Quaranta, le complice de Kamphaus, également condamné à mort, moi le pasteur protestant, enfin le juge d’instruction et les avocats des condamnés. Kam­phaus fut averti le premier. Réveillé en sursaut par le bruit des pas dans le couloir, il était debout, la partie supérieure du corps liée dans sa camisole de force, quand le procureur pénétra dans sa cellule et lui signifia : “Votre recours en grâce est rejeté. Ayez du courage !”. Tandis que le magistrat se dirigeait vers la cellule de Quaranta, j’entrai dans la cellule de Kamphaus suivi par son défenseur. Jamais je n’oublierai le spectacle de cet homme amaigri, sortant à peine d’un sommeil qu’un narcotique charitablement glissé la veille dans sa boisson avait rendu plus paisible, debout figé sur place, hébété, muet, se ressaisissant tout à coup et me tendant la joue : «Je vous embrasse, monsieur le Pasteur. Que voulez-vous ? Je serai courageux !» Aussitôt, deux gardiens l’aidèrent à se vêtir. Il causa quelques minutes avec son avocat. Puis nous demeurâmes en tête à tête. Impossible de traduire mot à mot ce suprême entretien. En voici cependant l’essentiel :

  • “Une chaîne de prières vous enveloppe en cet instant, mon cher ami. Vous n’êtes pas seul. Vous ne serez pas seul.”
  • “Je le sais, monsieur le pasteur. Vous savez, j’accepte ce qu’il m’arrive. J’ai beaucoup péché et fait de mal autour de moi. Je récolte ce que j’ai semé pendant toutes ces années de ma misérable vie. Mais je sais assurément que Jésus m’a pardonné, qu’il m’a fait grâce. Je suis un condamné à mort gracié par le sang de Jésus ! Il est mon Sauveur et mon Seigneur. Je vous remercie pour tout le bien que vous m’avez fait. Promettez-moi de rester avec moi jusqu’au bout !”
  • “Je ne vous quitterai pas, Kam­phaus. Pensez fermement au pardon de Dieu. Pensez qu’il va vous accueillir, dans quelques instants, dans son Ciel où vous ne souffrirez plus. Et dites-vous que c’est une grâce qu’il vous accorde de passer si rapidement de ce monde de péché et de souffrance, dans la Vie éternelle.
  • “Oui, c’est une pure grâce ! Peut-être n’aurais-je pas pu tenir parole et refaire ma vie si j’avais été gracié. Le Seigneur me prend quand je suis prêt. Il me permet de considérer la mort en face et de voir en elle la libération. Dites à ceux qui on été bons pour moi et qui ont prié pour moi que je vais à Dieu, que je meurs dans la joie ! Dites aussi à tous ceux à qui j’ai fait du mal que je leur demande pardon.”

Après la lecture de quelques passages bibliques, notre lecture se termina par les versets suivants : «Christ est ma vie et la mort m’est un gain.» (Philippiens 1 verset 21) et «Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix car mes yeux ont Vu ton salut.» (Luc 2 verset 30). C’est alors que Kamphaus me dit : «Je vois Dieu ! Oui, la mort m’est un gain». Et, après que j’eus prié, il poursuivit en me regardant droit dans les yeux : «Excusez-moi pasteur si je n’ai pas prié à haute voix. Ma prière à moi est dans mon cœur, au fond de mon âme, et je l’ai adressée directement à Dieu de cœur à cœur, et je sais que Dieu l’a entendue, car il m’a répondu.» Il me remit son Nouveau Testament en me disant : «Vous le garderez en souvenir de Kamphaus.» Avant de quitter sa cellule, le condamné voulut serrer la main et demander pardon au gardien qui avait été sa victime et celle de son complice Quaranta lors de leur ultime tentative d’évasion. Puis, ce fut la descente au greffe, la prise de possession des condamnés par le bourreau. Pendant leur funèbre toilette, les deux condamnés ne se départirent pas un instant de leur attitude chrétienne. Quaranta, visiblement plus déprimé, faillit avoir une faiblesse, ce qui explique que, contrairement à ce qui avait été convenu, il dut être conduit le premier vers l’échafaud. Kamphaus put rendre devant le bourreau et ses aides qui évasaient sa chemise et lui liaient les bras, un noble témoignage : «Tant de gens, dit-il, meurent dans une lente et terrible agonie. D’autres meurent seuls. Moi je suis entouré, accompagné, et je n’aurai pas longtemps à souffrir. Et puis, je sais que je vais avec mon Dieu !». Il voulut embrasser son avocat et le gardien-chef. Puis, se retournant vers moi : «Embrassez-moi encore une fois, monsieur le Pasteur.» La minute suprême sonnait. Son camarade venait d’expier. “Adieu, Kamphaus, au revoir, là-haut !” lui dis-je. Et tandis que le bourreau l’entraînait déjà, j’entendis cette dernière parole :  «Oui pasteur, là-haut !». Sous l’aube matinale, une petite cour, une porte ouverte, les deux longs bras de la sinistre machine. Un corps qui bascule, un déclic suivi d’un choc sourd et brutal. Est-ce fini ? NON ! C’est un monde nouveau qui commençait ! A l’aube tragique venait de succéder la radieuse lumière du ciel. Les dépouilles des deux condamnés ont été jetées, sanglantes, dans le panier béant. Mais j’ai perçu, de là-haut, la voix du Sauveur qui répétait aux larrons convertis : «Aujourd’hui, vous serez avec moi dans le Paradis.»

Cette merveilleuse parole qui a été adressée aux brigands, s’adresse aussi à chaque être humain, à nous, à toi, à moi : “Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu” (Romains 3 verset 23)Il n’y a personne d’autre que Jésus qui sauve : “Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.” (Jean 14 verset 6). Jésus est-il ton Sauveur et ton Seigneur ? Si ce n’est pas le cas, viens à Lui, viens à la Croix car c’est la que le chemin commence. Et si tu t’es égaré en chemin, reviens à Jésus, Il t’attend ne tarde pas… Cantique : “C’est à la Croix”

Bonne semaine

Debout Jeunesse