Le chef Kayarnac

 Michée 6 verset 8 : “On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien. Et ce que l’Éternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu.”

Il y a une énorme différence entre : Faire le choses pour Dieu et faire le choses avec Dieu. En effet, nous pouvons faire “pour” mais “sans” Lui. Alors que la vie chrétienne authentique est de vivre pour et avec Dieu. Bien souvent c’est l’orgueil qui peut nous aveugler, et nous détourner du chemin. Avec l’expérience et les bénédictions que Dieu nous a donné, on peut se mettre à penser et à croire “savoir faire, et maîtriser toutes les situations (comme Samson dans Juges 16 verset 20), et être devenu un instrument indispensable entre les mains Dieu. Comme si le Créateur de l’Univers ne pouvait plus se passer de nos services pour son faire Son oeuvre. Nous devenons ainsi à nos yeux des véritables “spécialistes” qui plus est infaillibles. Or dans la Parole de Dieu, le vrai chrétien est un serviteur juste, miséricordieux et… humble. L’humilité nous permet de rester cacher en Dieu, et de marcher avec Lui en toute sécurité. Elle nous permet d’être un serviteur utile, vidé de tout esprit de gloriole et de vanité. C’est pourquoi le Seigneur nous rappelle au travers d’une parabole, que si les sarments ne sont pas en Lui, c’est-à-dire attaché au Cep, ils ne sont rien et ne portent donc aucun fruits… :Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire.” (Jean 15 verset 5). C’est une leçon que John va devoir comprendre au travers de circonstances délicates.

Au dehors, le blizzard fait rage. Au milieu de ce désert blanc et glacial, où la température peut atteindre les – 35° C, une petite maison en préfabriqué résiste courageusement à cette terrible tempête. Dans ce modeste refuge d’une seule pièce, John est assis seul à une table. Il mâchouille machinalement son crayon et murmure d’un air abattu : “A quoi bon toutes ses années de théologie ! Tout ça pour ça ?” A la lueur de la bougie, il pense tout haut : “A quoi bon m’évertuer à apporter l’évangile aux esquimaux qui vivent dans ces contrées !? A quoi bon leur parler de l’amour de Jésus ! A quoi bon leur traduire l’Évangile dans leur propre langue ? Il n’en veulent pas… Leur cœurs sauvages sont aussi durs que du granit ! Pourtant j’étais sûr que sans moi, ces hommes et ces femmes ne peuvent accepter l’Évangile… Je suis pourtant un spécialiste reconnu de l’évangélisation !?En repensant à toutes ses semaines de durs sacrifices, John semble complètement perdu et en proie au doute. Il se rappelle qu’à son arrivée sur place, les esquimaux l’ont écouté tout d’abord avec curiosité, puis ont manifesté quelques intérêts. Mais peu à peu ces sentiments se sont vite transformés en une haine farouche. Pourquoi ? John ne pouvait se l’expliquer, il avait pourtant tout fait pour que tout se passe pour le mieux et comme prévu : Il prêche, Dieu les touche, et ils se convertissent ! Il ne peut s’empêcher de repenser à sa dernière visite au village esquimau. Comment face à l’hostilité et à la violence des villageois, il avait dû s’enfuir sans demander son reste. Il lui semble encore entendre siffler à ses oreilles le harpon que Kayarnac, le chef du village, lui avait lancé de toutes ses forces, et qui s’était planté si près des ses pieds. Quelques dizaines de centimètres de plus et il était soit grièvement blessé, soit tué sur le coup… “Mais pourquoi une telle haine ? Seigneur pourquoi ? Qu’ais-je fait ou pas fait ? Suis-je bien à ma place ici ?” se dit John par cette nuit aussi tourmentée que son âme.

Mais alors que la tempête fait rage, John perçoit des bruits différents qui semblent se rapprocher de son humble logis. On dirait des sortes de claquements, puis les jappements d’une meute de chiens. Puis tout à coup, c’est comme si la tempête entre dans la petite pièce. John se retourne et discerne à travers les tourbillons de neige qui volent au dessus de sa tête, la silhouette de plusieurs hommes… Une fois la porte refermée, et un calme relatif revenu, il voit là, planté devant lui, le chef  Kayarnac accompagné de six de ses hommes armés jusqu’aux dents de lances et des harpons. Le missionnaire est dans un premier temps comme choqué par cette brutale intrusion. Mais il se reprend vite, sachant que sa vie est entre les mains de Dieu. Alors il baisse la tête, et se remet à travailler assidûment sur la traduction de la Bible en langue esquimau, comme si de rien n’était. Son visage est comme absorbé par son travail. Il sait que son temps est maintenant compté. Si le harpon de Kayarnac l’avait raté lors de leur dernière rencontre, à cette distance il n’aurait aucun mal à en finir avec lui. Les hommes du chef ont envahi la petite pièce. Ils fouillent et déballent tout ce qu’ils trouvent. Tout est mis sens dessus/dessous. Les affaires de John volent littéralement dans la maisonnette. Les esquimaux déroulent le sac de couchage du missionnaire, puis s’en prennent au placard des provisions en les renversant et en les éparpillant sur le sol. La tête baissée sur sa feuille, toujours absorbé par sa traduction, John continue à prier son Seigneur, son cœur bat à cent à l’heure. A présent, il sent Kayarnac juste derrière son dos. Il ressent le regard de l’esquimau plonger sur ses papiers. Saisissant rudement une de ses feuilles, le chef demande brusquement et sans ménagement : Qu’est-ce que c’est? Qu’est-ce que tu fais ?”

Tant bien que mal John essaye de lui expliquer que c’est une feuille de papier et que les petits dessins noirs sont des mots qui ensemble veulent dire quelque chose. Il se rend compte que Kayarnac fait un gros effort pour comprendre. Le papier passe de main en main. Le chef dit alors d’un ton autoritaire : “Si je comprends bien, ce papier retient ce qu’on lui dit et peut parler ?” John, n’osant tourner la tête, acquiesce. Il sait qu’il ne doit pas contrarier le chef. Si il fait une maladresse, tout peux basculer très vite. C’est alors que pris d’une curiosité subite, Kayarnac commande : “Alors, fais parler le papier maintenant ! Qu’il parle !” John obtempère sur le champ, et lit la portion de l’Évangile qu’il est en train de traduire : Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les deux malfaiteurs, l’un à droite, l’autre à gauche. Jésus dit : Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort. (Luc 23 verset 33 à 34) Il s’arrête… “Dois-je continuer ?” se demande-t-il, impressionné par le silence qui règne dans la pièce, et malgré l’ouragan qui fait rage au dehors. Le missionnaire voit que les hommes se sont arrêtés de fouiller et de tout chambouler. Maintenant ils se sont rapprochés de leur chef, autour de la petite table : “Continue, ne t’arrête pas !” demande Kayarnac. John obéit, il n’a pas le choix… Il poursuit alors sa lecture jusqu’au verset : “Jésus s’écria d’une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira. (Luc 23 verset 46). Puis, John s’arrête à nouveau. Il ne traduit pas plus loin. Se tournant lentement alors vers Kayarnac, il voit son visage étrangement sérieux et dans ses yeux, John croit voir briller une larme. Le chef, déclare alors d’une voix rauque et troublée : Moi aussi je voudrais apprendre à connaître Jésus…» Le missionnaire n’en croit pas ses oreilles et ses yeux. Alors que dehors le vent se déchaîne, Kayarnac et ses hommes s’agenouillent et demandent au Seigneur Jésus de devenir leur Sauveur et leur Seigneur personnel. Ils Lui demande dans les larmes, de pardonner leurs nombreux péchés, car Jésus est venu sur la terre pour sauver ce qui était perdu (Luc 19 verset 10). John comprend alors son erreur d’avoir cru que lui seul pouvait toucher le cœur de ces rudes hommes du froid. Il se repend intérieurement de son orgueil et de ses nombreux doutes. En effet, c’est uniquement de la Parole de Dieu que ces hommes avaient besoin. Ce que ses paroles, à lui, le théologien, le spécialiste de l’évangélisation, n’ont pas réussi à faire pendant des semaines, la Parole de Dieu l’a opéré en quelques minutes dans ce groupe d’hommes des plus rudes. En effet, le missionnaire comprend que Dieu a besoin de serviteurs, humbles, sensibles à Sa voix et à Son écoute… Il n’a pas besoin de “spécialistes” qui pensent tout comprendre et savoir faire. Que le Seigneur nous fasse grâce d’être de bons et fidèles serviteurs, en et avec Lui, pour porter du fruit à Sa gloire.

Bonne semaine

Debout Jeunesse