Le pêcheur pécheur repêché

Psaumes 107 versets 17 à 20 : “Des insensés, vivant dans le péché, s’étaient rendus malheureux par leurs fautes. […] Dans leur détresse, ils ont crié à l’Éternel, et il les délivra de leurs angoisses. Il envoya sa parole, il les guérit et il les fit échapper à la tombe.”

Bien des fois on peut se mettre tout seul dans des situations insolites, voire ridicules, ou bien dangereuses. C’est dans cette dernière posture qu’un rude marin va se retrouver piégé au milieu de la mer. Dieu se sert bien souvent des circonstances pour nous faire réaliser combien nous avons besoin de Lui et de Sa Grâce à un moment de notre vie.

La fête de Noël était pour le pêcheur Johannsen toujours l’un des jours les plus difficiles de l’année. Chaque année, pour se divertir, il rencontrait ses amis dans une auberge. Sa chaumière se trouvait en haut, sur les dunes, et de ses fenêtres, on avait vue sur la mer. Il parvenait à se débarrasser de tous les souvenirs et de toute sentimentalité en buvant plusieurs bouteilles de vin, des grogs et de la bière. Depuis que ses parents étaient décédés, il n’avait plus personne qui pensait à lui à Noël ou qui passait pour lui apporter un cadeau. Il était donc assis avec ses compagnons de beuverie jusqu’au petit matin… Ils avaient bu, parlé, et entretenu toutes sortes de ressentiments contre le monde entier. Alors qu’il venait de se décider à marcher pendant plusieurs heures le long de la plage pour retourner chez lui, Peter, l’un de ses compagnons d’ivrognerie, l’invita à faire avec lui une partie du trajet en bateau. Cela l’arrangeait bien, il accepta. Cependant, l’idée de rentrer seul chez lui, dans sa maison vide et froide lui rappela sa grande solitude et le vide de son existence.

Par contre, il n’arrivait pas à oublier les événements de la nuit alors qu’il buvait avec ses amis. En effet, vers minuit, plusieurs jeunes filles de l’Armée du Salut étaient entrées dans la salle de l’auberge et avaient chanté des chants de Noël bien connus. Des souvenirs d’enfance leur étaient revenus et certains de ces hommes déjà fortement alcoolisés, s’étaient mis à pleurer. Ses yeux à lui aussi étaient devenus humides, mais il avait rapidement essuyé les larmes du revers de sa main tout en vociférant contre la fumée qui les avait soit disant irrités… Puis, après les chants, l’une de ces jeunes filles avait fait une petite et simple allocution. Elle avait parlé de l’enfant Jésus venu du ciel, pour aider les êtres humains, et de l’amour de Dieu qui jette des ponts vers l’humanité. Elle avait fait mention de l’aspiration des hommes à connaître l’amour de Dieu, la nostalgie du père dans les cieux, que tout homme porte en lui. Elle avait aussi parlé des larmes secrètes qui ne peuvent être séchées qu’au moment où l’on laisse le Père céleste nous prendre dans ses bras, en accordant Son pardon à chaque pécheur qui se repent : « Celui qui saisit l’amour de l’enfant Jésus a trouvé le chemin de la maison. Il a une patrie et trouve la paix. Cet enfant peut sauver chacun, il n’y a pas de personne trop mauvaise pour Lui. Jésus veut vous sauver et sauve tout ceux qui viennent à Lui.» C’est à peu près de cette façon qu’elle l’avait formulé.

Quelques hommes qui venaient encore de pleurer d’émotion se ressaisirent et se mirent à se moquer d’elle, tout en voulant la forcer à prendre un verre d’eau-de-vie. Cependant, au fond de son cœur, Johannsen le pêcheur sentait que ce qu’elle disait était la vérité. Depuis des années, il n’avait pas de paix dans son cœur, mais seulement beaucoup d’amertume, d’inquiétude et de soucis. Même s’il ne voulait pas le reconnaître devant ces amis, il pensait : «Cette jeune fille a raison !». Sur le chemin du retour en compagnie de Peter, il repensait à cet événement. Mais… il finit par chasser ces pensées comme on chasse une mouche gênante, qui volerait autour de la tête :« Bah. Enfantillages ! Comment un enfant pourrait-il m’aider ? Ne compte que sur toi Johannsen ! Pleurnicher sur ses péchés n’est pas viril. Nous les hommes, nous sommes des durs ! Je n’ai vraiment pas besoin d’un enfant pour m’aider. Je ne compterais que sur ma propre force ! »

A ce point précis de leur trajet, les deux pêcheurs devaient déjà bien s’y connaître pour ne pas perdre leur orientation : « Davantage à gauche, Peter, autrement, nous nous éloignons de la terre », dit Johannsen à son ami qui conduisait la barque. Ils continuèrent leur parcours en se taisant, jusqu’à ce que la quille du bateau se mette assez brusquement à crisser dans le sable. C’était sans doute l’endroit où Johannsen devait descendre. Ils étaient arrivés bien plus tôt qu’ils ne le pensaient. Sans réfléchir, Johannsen sauta hors du bateau, fit un petit geste pour saluer et remercier son camarade Peter, puis marcha lourdement dans l’eau peu profonde, en direction du rivage. Lorsqu’il eut un sol solide sous les pieds, il regarda encore une fois en direction du bateau, mais celui-ci avait déjà disparu dans l’épais brouillard. Il allongea le pas, pour arriver à sa maison isolée qui devait se trouver là devant, quelque part dans le brouillard. Il marcha et marcha. Mais tout à coup, il se retrouva à nouveau dans l’eau ! Cela eut l’effet de le dessaouler immédiatement. Choqué, il rebroussa chemin. Mais après avoir fait mille pas, il fut de nouveau dans la mer !

Ses genoux commencèrent à trembler, un cri d’épouvante sortit de sa poitrine. Il voulut rappeler son ami Peter, mais c’était sans espoir. Son appel se perdit dans le brouillard et seul le bruit des vagues se faisait entendre. L’effroi le saisit, il savait ce que cela signifiait… et il savait maintenant aussi où il était. Il y avait devant la plage, près de chez lui, des bancs de sable qui, pendant la marée basse, émergeait au milieu de la mer. Avec Peter, ils avaient pensé se trouver sur la plage, mais ils étaient en fait seulement arrivés jusqu’à l’un de ces bancs de sable. Dans l’épais brouillard, il était impossible de se repérer et de faire la différence avec le rivage et le large. Johannsen était maintenant seul au milieu de la mer, et la marée montante arrivait. Il pouvait appeler autant qu’il le voulait, personne ne l’entendrait. Dans une demi-heure environ, le banc de sable serait recouvert par les vagues. Désespéré, il tomba à genoux et gémit : « Ô Dieu, tout, mais pas ça ! Je ne peux quand même pas déjà mourir ! Il y a encore tant de choses que je dois mettre en ordre en moi ! » Les paroles de la jeune fille de l’Armée du Salut lui revinrent à l’esprit. « Le monde était perdu et Christ est né. Un enfant est venu du ciel, pour nous aider.» Il se rappela qu’à ce moment-là, il avait éclaté de rire, et d’un air moqueur avait dit : « Que pourrait encore faire maintenant l’enfant de Bethléem, pour m’aider ? C’est valable pour un vieux dans son fauteuil ça ! mais pour moi ? n’importe quoi,  pieux racontars va ! » Et maintenant à cet instant précis, l’eau glacée allait le saisir en quelques minutes, comme la main froide de la mort…

C’est alors que toutes ses paroles moqueuses lui revinrent les unes après les autres, comme pour le tourmenter. Mais se secouant la tête, il décida de réagir, il ne voulait pas mourir ici : « Aide-toi toi-même mon gars ! Avec ta force tu vas t’en sortir. La plage ne doit pas être si loin que ça ! » Il savait combien cette pensée était folle. Dans l’eau glacée, il ne survivrait que quelques minutes. Figé par le désespoir, il s’accroupit. L’eau gagnait du terrain, le banc de sable était de plus en plus petit. Il savait que sa fin était proche. A ce moment il réalisa combien il avait fermé souvent les yeux devant le cycle de plus en plus restreint de sa vie, sans voire la marée monter. Il avait dansé, beaucoup bu, pris la vie comme elle venait, sur le banc de sable de la mort, comme un enfant insouciant et inconscient. Puis, une autre parole de la jeune fille de l’Armée du Salut lui revint également à l’esprit à propos de l’enfant Jésus. Mais il s’exclama en colère : « Ah oui, un enfant ! », se dit-il en éclatant d’un rire nerveux. « Si maintenant cet enfant me venait en aide ici, je pourrais croire en lui. Mais, s’il ne peut même pas me jeter un pont entre cet endroit et la plage, comment croire alors qu’il puisse jeter un pont du Ciel jusqu’à moi ? » Toutes ses pensées se précipitaient dans sa tête. Il se mit alors à courir comme un fou tout autour du mince cercle de sable qui lui restait. Il hurla de toutes ses forces, appela, poussa des cris perçants dans toutes les directions, comme un aliéné.

Puis, le vent se leva, le brouillard devint de plus en plus mince. Dans le lointain, il put reconnaître la terre ferme et salvatrice,  mais c’était bien trop loin pour lui. Il s’arracha la veste et la chemise du corps, et se mit à faire des signaux désespérés avec sa chemise, s’en servant comme d’un drapeau. Mais aucune réponse, aucun signe en retour. Un cri désespéré sortit alors de ses entrailles : “Je veux vivre, je ne veux pas mourir ! ». De nouveau, les paroles de la jeune fille lui revinrent à l’esprit. « Pourquoi chaque homme a-t-il besoin de cet enfant ? Parce qu’il veut vivre, vraiment vivre, et pas seulement d’une manière artificielle. Chacun a besoin d’une vie basée sur un fondement, une vie qui a un but dans l’éternité de Dieu. » Il avait entendu tout cela, il savait que c’était la vérité, mais à quoi cela pouvait-il lui servir à présent ? Il cria une nouvelle fois, en proie à une hystérie sauvage. Les veines de son front ressortaient, il était rempli de fureur, de rage et de crainte à la fois. Une fois de plus, il fit des signaux avec sa chemise blanche. Il avait de plus en plus froid. Déjà, les premières vagues l’arrosaient. C’est alors que vaincu par le désespoir, il tomba à genoux, priant pour son âme. C’est dans cette position-là que quelques minutes plus tard, il entendit un bruit étrange… Relevant la tête il distingua un bateau ! Il mit sa main au dessus de ses yeux comme pour mieux voir. En effet, maintenant quelqu’un appelait ! Une voix claire d’enfant retentit dans sa direction.

“Un enfant vient me sauver !” s’exclama-t-il ! Effectivement c’était le petit Luka Modersohn qui avec son père Hans arrivaient dans leur bateau ! Notre pêcheur se hâta d’entrer dans la barque. Il n’en revenait pas, et dit tout essoufflé :  « Hans, d’où viens-tu ? ». Puis, il tituba, et tomba dans le bateau, totalement épuisé. Son voisin lui expliqua : « Mon petit garçon a eu l’idée de chercher des crevettes sur la plage. Et là, à l’aube, il a découvert quelque chose d’insolite. Dans le lointain, sur le banc de sable il cru voir un homme. Nous avons regardé avec les jumelles et avons vu qu’il y avait là effectivement bien quelqu’un en détresse. Alors nous sommes allés chercher notre bateau et nous voilà ! » Le pêcheur Johannsen prit alors le jeune garçon dans ses bras, en répétant sans cesse : « Un enfant est venu pour m’aider. Sans cet enfant, je serais mort. Un enfant est venu pour me sauver… » Après avoir atteint le rivage, il serra fermement la main du garçon et, plein de reconnaissance, tapa sur l’épaule de son père. Il offrit sa montre au garçon qui en fut tout étonné. Puis il rentra rapidement dans se demeure. Il ferma la porte derrière lui, réalisant qu’il était un pêcheur pécheur repêché par la grâce du Seigneur Jésus. Il ne désirait plus qu’une chose. Être seul avec Jésus sans être dérangé. Il voulait à présent fêter encore une fois Noël, mais de la bonne manière cette fois-ci avec son Sauveur et Seigneur : Jésus-Christ.

Ne nous lassons pas d’annoncer la Bonne nouvelle de l’Évangile de Jésus-Christ là où nous sommes (2 Timothée 4 verset 2). Comme ces jeunes filles de l’armée du Salut, n’hésitons pas à partager notre foi. Il y a tellement de personnes en détresse et en souffrance comme Johannsen. Pas besoin de faire des kilomètres. Peut-être juste à proximité, ou bien juste derrière la porte qui est en face de chez nous, quelqu’un attend qu’on lui parle de Jésus. Qui sait ce que Dieu peut faire dans le cœur d’une personne, à partir d’une simple parole, un courrier ou un mail, un sourire, une attention, un encouragement ? Que le Seigneur puisse trouver en nous un cœur pour les âmes qui ne le connaissent pas. En effet, quelle merveille de voir une âme se tourner vers Christ. C’est une victoire sur l’enfer et une joie divine au Ciel et cela n’a pas de prix : “De même, je vous le dis, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent.” (Luc 15 verset 10)

Bonne semaine 

Debout Jeunesse