Leçon d’un vieux professeur

Matthieu 25 verset 40 : “Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites.”

Le Seigneur Jésus nous parle TOUJOURS en VÉRITÉ. Dans ce passage de la Bible, Il utilise une parabole pour imager le moment où tout homme et toute femme comparaîtra devant Lui lors de son avènement à la fin des temps: “Quand le Fils de l’homme viendra dans Sa gloire avec tous les anges, et quand il s’assiéra sur le trône de sa gloire.” (verset 31). Puis Il nous parle d’action ou encore de “choses” accomplies envers les plus “petits” de ses frères. Quelles sont ces choses ? Il est parlé de donner à manger à celui qui a faim, de donner à boire à celui qui a soif, de recueillir l’étranger qui est sans toit, de couvrir la nudité de celui qui  n’a pas de quoi se vêtir, de visiter celui qui est malade ou en prison (verset 35) Il n’y a rien qui échappe au Seigneur, que ce soit dans le secret ou devant le monde entier, chaque chose faite en/dans et par/avec Son amour recevra sa récompense, et quelle récompense !? : Alors le roi dira à ceux qui  seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.” (verset 34). Il n’y a pas de contre indication à faire le bien. Nous pouvons abuser du fruit de l’Esprit dans nos vies, il n’y a rien qui s’oppose à donner de l’amour, de la joie, de la paix, de la patience, de l’amabilité, de la bonté, de la fidélité, de la douceur, de la maîtrise de soi, à son prochain. Une chose est sûre c’est que la loi n’est pas contre ces choses ! (Galates 5 verset 22) Alors s’il y a bien une chose dont nous pouvons abuser, nous chrétiens, et sans modération, c’est bien d’être remplis de l’Amour de Dieu dans notre vie pour Lui et pour les gens qui nous entourent. C’est de cet Amour avec un grand A que Dan, un professeur retraité, va témoigner à son seul, unique et particulier élève…

«Bonjour monsieur ! Toujours professeur, papy Dan ?» Cette petite phrase des enfants de classe de maternelle fait partie maintenant du rituel matinal. En effet les enfants ont pris l’habitude de voir arriver dans leur salle ce grand monsieur aux cheveux blancs. A la vue de cet homme, on distingue rapidement que Dan est une personne douce, calme et tranquille : un gentil grand-père… Son visage rond à la bouche souriante et ses yeux bleus pétillants font l’unanimité chez les enfants, tous l’apprécient énormément, jamais un mot plus haut que l’autre, toujours une parole d’encouragement. Comme à son habitude, il répond à la salutation des enfants par un sourire et un signe de la main. Mais que vient-il faite à l’école ? Ce n’est plus de son âge et cela fait bien des années que la retraite à sonnée pour lui ! En fait, deux fois par semaine, Dan salue les enfants avant de se rendre vers une autre salle de classe… “sa” salle de classe. Pour cela il poursuit sa route en longeant un long couloir pour s’arrêter devant une porte. Celle-ci est entre-ouverte. A l’intérieur rien de sophistiqué, pas de tableau numérique dernier cri, ni  d’affichage ou de panneaux superflus ornant les murs. Il n’y a pas non plus les habituelles rangées de tables et de chaises pouvant accueillir des enfants. C’est une salle de classe très particulière, car elle ne compte qu’un grand bureau sur lequel est installé un ordinateur tout neuf, deux chaises et un petit sofa contre un des murs de la salle. Assis derrière l’ordinateur se trouve Jason son élève. Ce jeune garçon à la chevelure brune et ondulée est affairé à se dandiner sur sa chaise sur la musique d’un chanteur populaire du moment. Ses mains passent et repassent sur le bureau mimant les touches d’un piano imaginaire.

Dan ne l’interrompt pas, il le regarde avec douceur et attend patiemment la fin du morceaux. Jason est un jeune homme formidable. Les gens qui le connaissent diront que la vie à été dure avec lui et qu’elle ne l’a pas épargné. En effet, à ses dix ans, il a été frappé de fortes crises d’épilepsies l’handicapant fortement. Dès le commencement de sa puberté, les crises ont augmenté en fréquence et en intensité à tel point qu’il du être déscolarisé. C’est pourquoi maintenant il reçoit des cours particuliers. Sa démarche est devenue de plus en plus instable avec l’évolution de sa maladie, et les maux affectant son cerveau ont réduit peu à peu sa capacité d’expression et de concentration. Voilà la raison de la présence de Dan. En effet celui-ci vient deux jours par semaine en tant que professeur en éducation spécialisée. Bien qu’à la retraite Dan, enseigne Jason comme élève de niveau secondaire. Jason en impose par sa carrure digne d’un footballeur américain. Il est plus grand que son vieux professeur qui mesure tout de même un peu plus d’un mètre quatre-vingt ! Le jeune homme possède une joli visage encadré par une forte mâchoire. Ses deux petits yeux bruns malicieux montrent que Jason aime bien plaisanter, il n’est jamais en retard pour un bon mot, ou un calembour.  Jason est un tantinet taquin et aime raconter des petites histoires comiques. Mais par dessus tout il possède une très bonne compréhension de ce qui est bien et de ce qui est mal et sa foi en Dieu est profonde malgré les épreuves. Alors qu’il se tourne en direction de son professeur en effectuant des gestes et des mouvements saccadés, tous deux, sans se le dire (car ils se comprennent d’un simple regard), nourrissent l’espoir qu’aucune crise ne viendra perturber et stopper les quatre-vingt-dix minutes de cours. De sa voix profonde et calme, il salue son cher professeur et une discussion entre les deux hommes commence :

  • Bon–jour, D—an.”
  • “Comment vas-tu aujourd’hui mon garçon ?”
  • “Tr–ès bien. Tu m’as m–anqué la der–nière f–ois tu sais. Je suis heur–eux de te re–voir en f–orme.”
  • “Crois-moi Jason, j’aurais préféré être ici plutôt qu’à la maison à soigner un gros rhume, ça m’a bien fatigué, mais aujourd’hui c’est fini, et je suis tellement heureux d’être avec toi.”
  • “Oui, les rh–umes sont af–freux.”
  • “Très bien, Jason ! Je suis vraiment heureux de voir que tu te sers des mots de ton vocabulaire. Je pense savoir que le mot « affreux » est l’un de tes mots favoris, n’est-ce pas ?”
  • “Oui, j’aim-e ce mot, en ef–fet !” ajoute Jason en souriant.
  • “Eh bien on y va ? On commence a travailler ?” 

Comme tout autre adolescent, Jason essaye de gagner du temps sur le travail scolaire. Il n’est pas pressé de s’y mettre, alors prenant un air sérieux il s’adresse à son professeur : 

  • “Saviez-vous pour–quoi on n’ar–rose plus les ba–naniers chez nous ?”
  • “Que veux-tu dire ?” répond Dan quelque peu surpris par cette question venue de nulle part.
  • “Par-ce que les ban–anes s–ont as-sez l–ongues !” poursuivit Jason en riant et en frappant ses mains sur sa table.

Puis ayant essuyé à l’aide de sa petite serviette rouge les filets de salive qui coulent de ses lèvres, le jeune adolescent observe de ses yeux brillants, Dan rire de sa plaisanterie. Ce dernier le félicite :

  • “Bravo Jason ! Tu as encore réussi. Je suis encore tombé dans le piège !” Dan est vraiment fier de constater comment Jason est maintenant en mesure de raconter une blague et de réussir à la formuler concrètement.

Le cours peut maintenant débuter après ce préliminaire de gaieté. Une fois avoir passé en revue et discuté sur les gros titres de l’actualité, Jason doit résumer en trois phrases leur conversation. Le jeune homme est devant son clavier d’ordinateur comme figé. Le temps et les minutes s’égrainent… cinq minutes… dix minutes et toujours rien ne se produit. Dan attend assis aux côtés de son cher élève. Puis tournant les regards sur le visage et la tête inclinée de Jason, il lui demande avec une grande délicatesse : « Jason mon garçon. Est-ce que tu réfléchis à ce que tu vas écrire ? » Sans répondre, Jason soulève la tête et fixe le clavier de l’ordinateur. Puis, lentement, il écrit le premier mot des trois phrases qu’il terminera environ vingt-cinq minutes plus tard. Puis Dan écoute Jason qui lui fait la lecture de son texte composé de phrases simples comptant dix mots tout au plus. Le professeur lui propose alors quelques petites améliorations. C’est toujours un moment critique de la leçon car Jason ne supporte pas l’erreur et désire tout faire parfaitement. D’un côté son esprit est alerte et vif, mais d’un autre côté le jeune homme est conscient que regrouper ses idées et ses mots, constitue un processus terriblement pénible pour lui. Mais compte tenu que son travail ne nécessite qu’une seule correction, Dan et Jason se congratulent mutuellement. “C’est une excellente journée !” se disent-ils ! Et la leçon continue ainsi que le travail sur l’ordinateur. Au bout de plusieurs minutes, le professeur doit procéder à une nouvelle correction. Avec toujours autant de gentillesse, Dan s’adresse à son élève, sachant que son niveau de concentration diminue autant que sa fatigue augmente :

  • “Très bien Jason,  jetons un coup d’œil à ton travail.”
  • Les tra–vaux s–ont af–freux !”
  • “Je crois que tu maîtrises parfaitement ce mot Jason, c’est très bien ! Tu fais beaucoup de progrès tu sais.”

Après la leçon, c’est le moment d’un peu de distraction. Jason peut choisir un jeu éducatif à l’ordinateur pour défier son “vieux professeur”. Et encore une fois, Jason remporte la partie ! Satisfait et heureux, le jeune homme regarde son adversaire et lui dit :

  • “D–an, tu m’en–seignes de–puis p–rès de d-eux ans main–te–nant.”

D’avoir dit cela peut paraître très anecdotique. Mais cela cache une réalité très importante pour Jason. En effet, auparavant, ce ne sont pas moins de quatre professeurs différents qui se sont succédés. L’un après l’autre a abandonné et laissé Jason à ses difficultés. Cela avait eu pour conséquences de déstabiliser et d’attrister profondément le jeune homme. En reprenant le flambeau, Dan avait redonné du goût à la vie de Jason. Ce vieux professeur voyait en Jason non pas une enfant handicapé et en difficulté, mais un jeune homme blessé dans son âme, et par dessus tout aimé tendrement de Dieu, pour lequel Il a donné son Fils Jésus. C’est cet amour pratique et véritable que Jason a discerner dans la vie de son vieux professeur, et le jeune homme en avait bien besoin à ce moment particulier de sa vie. Les quatre-vingt-dix minutes s’étant écoulées, Dan demande à son élève :

  • “Bien  Jason. Alors quels sont tes travaux pour jeudi prochain ?
  • “D’af–freuses ma–thé–mati–ques !”

Esquissant tous deux un sourire, Dan prend son porte-documents, et Jason le suit jusqu’à la porte.

  • “Je te reverrai jeudi Jason !”
  • “B-ye D-an.” Jason se tient à la porte et agite la main. Il a tellement apprécié le temps passé avec Dan parce que ce dernier le traite avec dignité, respect et amour.

Après avoir déposé sa serviette sur la banquette arrière de sa voiture et s’être retourné, Dan aperçoit Jason qui se dirige vers lui. La pluie froide et brumeuse mouille peu à peu son T-shirt.

  • “Jason, sois prudent mon grand… tu vas prendre froid, mets toi à l’abris…Vas-y doucement, prends bien garde de ne pas tomber.” l’avertit Dan avec une grande douceur car Jason vient tout juste de guérir d’une intervention chirurgicale à la mâchoire suite d’une récente chute.

Mais Jason est plus que déterminé. Il continue en direction de la voiture de son vieux professeur. Alors Dan sort et décide d’aller à sa rencontre. L’entourant de ses bras, il réserve à son prof une chaleureuse accolade. C’est la première fois que Jason lui montre une telle affection. Après lui avoir retourné son étreinte, Dan le guide gentiment jusqu’à l’entrée de la maison. Puis, en route vers sa voiture, il entend Jason lui dire avec une voix forte : “Je t’-aime Dan !”. Lorsqu’il quitte les lieux, Dan pleure. Pour rien au monde il n’échangerait ce qu’il vient de vivre, c’est un véritable moment de bonheur, un cadeau du ciel. De son âme monte une prière de reconnaissance envers Dieu qui est le seul capable de toucher et de rapprocher les cœurs de cette manière.  Même si Jason était son seul élève, rien ne valait plus pour Dan que d’être son enseignant.

“Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.” (Philippiens 4 verset 5)

Bonne semaine

Debout Jeunesse

Source : Tiré d’après le témoignage de M. Mc Auley,