L’homme qui voulut changer de peau (1/2)

2 Corinthiens 5 verset 17 : “Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées, voici, toutes choses sont devenues nouvelles.”

Quel beau message d’espérance dans ce verset. En effet, il n’y a que Jésus-Christ qui peut faire toutes choses nouvelles en chacun de nous. C’est par son sacrifice et son sang versé à la Croix que notre existence prend un nouveau tournant, car Il a pris sur Lui tous nos fardeaux et toutes nos iniquités. Être en Christ est le secret de la vie chrétienne. Ce ne sont pas nos efforts humains ou encore notre propre justice qui pourront nous sauver, mais seulement avoir Christ en nous : l’espérance de la gloire (Colossiens 1 verset 17). C’est ce qu’un noble baron va comprendre au cours de son existence mondaine en se lançant un défi un peu particulier…

Il s’appelait Antoine. Mais comme il était noble, on ajouta à son nom un tas de choses : on l’appelait Monseigneur le baron Antoine de Haute-Terre. Son domaine en effet s’étalait sur un haut plateau et sa demeure était plantée sur un rocher abrupte. Tout était haut chez lui, mais lui-même était bien bas, si on met l’homme au niveau de ses humeurs, de son caractère et de ses plaisirs. Le baron Antoine était profondément malheureux et dépressif. Un jour de fin d’année, il appela près de lui un vieux berger qui avait l’habitude de dire ce qu’il pensait. Le baron lui fit une demande très inhabituelle :

  • “Mon brave Guillot, dis-moi, pourquoi les vilains comme toi se permettent-ils d’être heureux en ces temps-ci de l’année ?”
  • “Monseigneur voudra-t-il se souvenir que nous approchons de Noël, la fête des bergers comme moi et des traîne-misère ?”
  • “Comment peux-tu dire que c’est leur fête à tous ces gueux ?”
  • “Parce que Jésus a voulu être des nôtres quand il est né. Mais, monseigneur, tout le monde sait cela…”
  • “Certes, certes, mais pourquoi ne suis-je pas heureux comme tout le monde, moi, le maître ? Écoute-moi Guillot, je veux être heureux, tu entends ? HEUREUX !”
  • “Cela fait des années que je vois votre détresse et votre mine sombre. Vous vivez dans votre triste solitude, dans votre triste château… Mais que dois-je faire, moi le vilain, pour vous aider à être heureux ?”
  • Eh bien, je veux fêter Noël avec vous, les misérables. Même si je dois, pour un temps me donner figure d’un mendiant “crotteux”. Je veux aller avec vous courir la campagne avec flûte et instrument, changer, rire, et adorer en vérité l’enfant dans la crèche. Arrange-toi comme tu voudras, ça ira pour moi !”
  • “Mais saurez-vous oublier que vous êtes le maître ? Ce n’est pas facile de changer de peau !
  • Oui ! Je l’oublierai bien pendant une soirée. Je veux être joyeux, et je ferai n’importe quoi pour connaître la joie.

Le complot était audacieux : Faire participer un baron acariâtre déguisé en mendiant pour qu’il puisse vivre la joie de Noël en compagnie du bas peuple. Ce même baron dont on disait que l’avarice et la cruauté s’étaient entendues pour lui dévorer le coeur et les entrailles. Le brave Guillot était à la fois perplexe et intrigué. Après quelques instant de réflexion, il dit au baron avec un large sourire amical :

  • “Très bien monseigneur, je reviendrai bientôt vers vous pour vous satisfaire. Mais il faudra vous laisser conduire, car ce sera dure besogne !”
  • “Merci mon brave vilain ! Tout ce que tu veux, Guillot ! Je compte sur toi.”

Le baron n’eut pas à attendre longtemps. Guillot se présenta le lendemain devant son maître. Il gelait à pierre fendre et la flamme brûlait haut dans l’âtre.

  • “Monseigneur, il vous faut d’abord vous habiller comme un vil manant et venir avec moi. Vous vous accoutumerez ainsi à être des nôtres.”
  • “Va pour les haillons ! Donne-moi ce qu’il me faut pour être un serf.”
  • “Monseigneur, voici quelques uns de mes plus vieux vêtements, mettez-les je vous prie.”
  • Quuuuoi ! Que je mette ces affreuses loques ? Mais je vais mourir de froid sous cette parodie d’étoffe ! La surface des trous est plus grande que tout le tissu ! Et puis je vais attraper un refroidissement et avoir la goutte au nez pendant des jours ! Je ne supporte pas d’avoir le nez bouché !”
  • “Mais pas plus que moi monseigneur. Sachez que personne du peuple n’en porte davantage. Vous voulez déjà renoncer Baron ?

Devant la franchise des propos de Guillot, le baron lâcha un peu sèchement :

  • “Allez arrête de me culpabiliser, je n’ai qu’une parole ! Donne-moi tes sales guenilles.” Le baron enfile les hardes mais ne peut s’empêcher de crier :ARRRGGHHH mais quelle odeur ! C’est une meute de moufettes qui est passée sur tes habits ?”
  • “Voyons, monseigneur, vous exagérez quelque peu. Certes ce fumet n’est pas digne de vos narines de baron, mais cela reste largement supportable pour tous les vilains de votre baronnie… Je dois vous dire aussi que vous allez pendant huit jours manger du pain noir dur et ne boire que de l’eau très froide.” 
  • Pardon ? Dois-je infliger à mon estomac si délicat, les mêmes brimades faites à mes narines ? Mais quel crime ai-je donc commis pour mériter pareille acharnement ?” A l’écoute de ces gémissements, Guillot sent la moutarde lui piquer le nez…
  • “Et quel crime avons-nous commis nous autres serviteurs de monseigneur le baron ? Nos guenilles sont les seuls habits que nous possédons et sachez que nous les usons sur vos terres que nous cultivons à la sueur de nos fronts. Quand à notre maigre pitance, sachez que nous sommes reconnaissants à Dieu pour chaque bouchée. Car parmi vos gueux, personne ne mange à sa faim et se prive pour nourrir ses propres enfants. Et vous le savez très bien… Mais cela n’empêche pas à votre petite bedaine dodue de s’enfler chaque année que Dieu vous donne de vivre. Vous voulez partager notre joie avez-vous dit ? Eh bien ! Sachez que notre joie est faite, pour une bonne part, du souvenir de nos souffrances et de l’aide que Dieu nous donne pour les surmonter, car Il est bon et miséricordieux.” Le baron fut très gêné par tant de franchise. Il baissa la tête et dit :
  • “D’accord Guillot, je t’obéirai… car je VEUX fêter Noël comme un de vous.”
  • “Alors monseigneur, il faut ajouter quelque chose d’essentiel à tout ces préparatifs. Tenez voici une bêche ! Prenez-la et venez ces huit jours durant retourner la terre pour les semailles du printemps qui vient.
  • HEIN ?! Que je prenne le vil outil en main ? Et pour quoi faire ? Qu’est-ce que je ferai d’une bêche ? Et puis ça sert à quoi une bêche ? N’oublie pas que je suis noble, et je n’ai jamais sali ni usé mes mains au travail !” A ces mots, Guillot laissa échapper un petit sourire.
  • “Mais mon bon maître c’est qu’en effet pour être des nôtres, il faut avoir les mains gercées et quelques bonnes ampoules. Puis le dos courbé en rond et enfin tous les membres qui font mal à la fin de la journée !”
  • Ah bon ? ça fait si mal que cela le travail ? Le baron prit la pose pour réfléchir, puis s’exclama : “Guillot mon brave, j’ai fait serment de fêter Noël avec les truands de ton espèce. Je le ferai, même si je dois y perdre mon ventre, mes mains et mon dos !”
  • “Monseigneur n’y perdra rien qu’il ne puisse compenser avec des gains plus grands !”
  • “Ah ! Par tous les saints, je tiendrai mon défi même si toute la noblesse du pays doit en faire des gorges chaudes !” fit le baron Antoine de Hauteterre.

Pendant huit jours donc, le baron Antoine souffrit le martyre, et se consola en disant qu’il gagnait par la même occasion sa part de paradis, ce qui faisait d’une pierre deux coups. Couvert de haillons, ne se nourrissant que de pain noir arrosé d’eau, couchant sous le toit de Guillot, travaillant de l’aube au crépuscule ployé sur sa bêche, les mains en sang et souffrant mille douleurs, maigri, tiraillé par la faim, grelottant sou le froid, il disait à Guillot à tout instant :

  • “Je ne sais vraiment pourquoi je souffre tout cela ! Faut-il que je sois devenu complètement fol !” Ce à quoi Guillot répondit :
  • “Aussi fol en tout cas que notre Seigneur qui vint vivre sur notre terre sous habit d’homme, fait de misère.”

En cette soirée de Noël, le baron Antoine de Hauteterre tenait à peine debout, et les haillons légers flottaient sur un corps amaigri et grelottant, ce qui faisait pitié à voir. Les serviteurs du château disaient le baron fou, et sans doute ne se trompaient-ils pas. Guillot, contemplant son maître, secoua pensivement la tête désolé. Le baron, voyant cela, lui dit :

  • “Eh quoi maraud ! Que me manque-t-il encore pour avoir le bonheur que je t’ai demandé ? Ne m’as-tu pas à moitié tué avec le travail des champs et mes conditions d’existence qui n’ont rien a envier aux bêtes de somme ?”
  • “Monseigneur, ça ne va pas, ça n’ira pas !
  • “Et pourquoi ça, monsieur le rabat-joie ?” 

(à suivre…)

Bonne semaine

Debout Jeunesse

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