Rattrapé par son passé

Genèse 32 verset 7 : “Jacob fut très effrayé, et saisi d’angoisse […]”

Pourquoi celui qui avait reçu la bénédiction de Dieu est-il terrorisé ? (Versets 11 et 12)  C’est tout simplement parce que son passé le rattrape. En effet, Jacob doit faire face à son frère qu’il a plusieurs fois trompé, des années en arrière. Il entrevoit alors concrètement le fait qu’il peut tout perdre en quelques instants. C’est alors qu’il va rencontrer Dieu et cette rencontre va bouleverser et changer sa vie (verset 30). Ce n’est pas en grand homme qu’il se présente devant Esaü, mais en se prosternant jusqu’à sept fois en terre devant lui (Genèse 33 verset 3). Quand notre passé nous rattrape, c’est bien souvent Dieu qui est à la manœuvre. Il désire par ce biais changer notre nature, nous sanctifier, nous purifier de notre vieille humanité charnelle, et aussi que les torts du passé soient réparés.

Cette histoire commence aux Etats-Unis, dans un quartier de Brooklyn. Daniel est marié depuis plus de 10 ans, mais il n’a toujours pas eu la joie de devenir papa. Autour de lui, ses amis discutent des progrès de leurs enfants à l’école, ou bien comment ils organisent leur vacances familiales. Mais pour Daniel et son épouse, les fêtes de famille, les weekends, les congés se font toujours dans le calme le plus total. Dans l’immeuble où ils habitent, ils sont le seul couple sans enfants. A la fin de l’année scolaire, ils ne se rendent jamais aux spectacles des écoles, jamais non plus aux réunions de parents d’élèves. Pour l’épouse de Daniel, chaque sortie chez des amis est un véritable supplice à endurer. Bien souvent ils ont supplié Dieu de leur donner un enfant… mais pas de réponse. Daniel, qui vit sa foi en Dieu très simplement, n’est pas du genre à demander la prière pour obtenir des bénédictions. Mais là, au bout de dix ans, il est tellement désespéré qu’il est prêt à tout pour fonder un famille et devenir un papa.

Un de ses amis lui conseille d’aller voir un homme de Dieu qui habite Brooklyn. Sa porte est toujours ouverte pour accueillir ceux qui ont le cœur lourd et qui ont besoin d’épancher leur âme. Bien souvent ses paroles ont su réconforter ceux qui étaient désespérés. Le jour venu, après avoir beaucoup patienté dans une longue file d’attente, Daniel finit par pouvoir expliquer sa difficile situation, en n’omettant aucun détail de sa vie. Il espère une parole pour apaiser sa souffrance, ses angoisses, voire une parole de bénédiction. L’homme de Dieu l’écoute très attentivement. Il fixe son regard sur lui, et au lieu de lui donner une parole d’encouragement ou de réconfort, il lui déclare : “Lorsque le conflit est présent, il n’y a pas de bénédiction…” Daniel est très troublé par cette parole. Il ne s’attendait absolument pas à une telle sentence. Il pense en lui même : “C’est sûr, il n’a pas bien compris ce que je lui ai dit…. je n’ai jamais parlé de conflit, ni de querelle…” Alors, il lui répète une deuxième fois rapidement son histoire. Mais l’homme de Dieu lui dit comme la première fois : “Lorsque le conflit est présent, il n’y a pas de bénédiction…”

Daniel sort de cet entretien, confus et très déçu. Tous ses schémas tombent à l’eau. La nuit est alors difficile. Il ne parvient pas à trouver le sommeil. Alors il se lève et fait les cent pas dans son appartement. Il fouille dans sa mémoire pour se rappeler de quel conflit l’homme de Dieu pouvait faire allusion ? : “Mais qu’est-ce que Dieu veut me dire au travers de cela ?” se dit-il. Il sait que d’ordinaire, il n’est pas un homme qui cherche des histoires aux autres. Il s’entend très bien avec son épouse, pas de conflit non plus avec son entourage ou son voisinage… Pour lui c’est un mystère ! Puis, tout à coup, comme un éclair, une pensée lui traverse l’esprit, avec un nom : Fishman. A cet instant, Daniel se sent rattrapé par son passé et se sont de d’innombrables souvenirs qui refont surface. A l’époque, Fishman et lui étaient tous deux très populaires dans leur école. Chacun avait son fan club. Mais comme il ne peut y avoir deux coqs dans le même poulailler, ils se jalousaient et se haïssaient mutuellement. Leur relation se résumait en plaisanteries équivoques, injures, calomnies, intimidations de toutes sortes. Cette bataille pour le pouvoir avait duré quatre longues années.

Mais dans ce genre de querelle, il n’y a pas de vainqueur. Tous ce qu’ils avaient gagné, c’était quatre ans de souffrances et d’humiliations mutuelles. En somme, que de mauvais souvenirs. C’est le genre d’années que l’on préfère oublier et enfouir profondément dans sa mémoire. Le jour de la remise des diplômes, Fishman avait interpellé violemment Daniel pour lui dire : “Daniel, je ne te pardonnerai jamais tout le mal que tu m’as fait !” Daniel lui avait alors répondu avec la même violence : “Fishman, enfin je me débarrasse de toi, je ne veux plus jamais te revoir !” C’est sur ces paroles méchantes et haineuses qu’ils s’étaient quittés. Effectivement, ils ne se sont plus jamais revus depuis ce triste jour. Daniel commence alors des recherches. Pour lui, il est clair qu’il doit retrouver son ancien ennemi pour lui demander pardon et mettre un terme à ce conflit vieux de plusieurs années. Il sait et ressent que se sera certainement le moment le plus embarrassant et le plus humiliant de sa vie. Finalement, il trouve assez facilement l’adresse et numéro de téléphone de Fishman sur Los Angeles. Mais Daniel hésite : “Je l’appelle ou j’y vais ?” Il finit par se résoudre à se rendre sur place, car pour lui ce sera le moyen le plus efficace pour se réconcilier : “Si c’est le moyen par lequel Dieu me fait passer pour avoir la bénédiction sur mon couple, alors je suis prêt à le faire !” se dit-il.

Dès le lendemain, il s’envole pour Los Angeles. Durant tout le temps du vol, il prie Dieu pour que tout se passe bien. Il n’a aucune idée de ce qu’il va dire, ni de comment cela va se passer. Mais il espère que Dieu l’aidera à trouver les mots. Arrivé à l’aéroport, il loue une auto et commence à rouler avec appréhension et réticence en direction du domicile de Fishman. Plus il approche de sa destination, et plus il a la boule au ventre. Il n’a qu’une seule envie : faire demi-tour ! Mais il sait au fond de son cœur que si il abandonne maintenant, il s’en voudra toute sa vie. Quand il se gare sur le parking et sort de sa voiture, il tremble de tous ses membres. Il se présente alors devant la porte d’entrée où un nom est écrit : Monsieur I. Fishman. Daniel ferme les yeux. Il retient son souffle et frappe à la porte. Quel choc pour Daniel quand la porte s’ouvre ! Il se retrouve après toutes ses années, devant son ancien rival. Il n’a pas le temps de dire un mot, ni d’esquisser le moindre geste que Fishman se met à hurler et explose littéralement de rage en le voyant : “Qui t’a permis de venir chez moi ? Dégage tout de suite avant que je n’appelle la police ! Je ne veux plus jamais te voir ici !” Le ton est si violent que Daniel a du mal à répondre  : “Attends, s’il te plait, laisse-moi t’expliquer, je suis venu spécialement de New-York pour te parler…” mais Fishman l’interrompt : “JE ME FICHE DE SAVOIR D’OÙ TU VIENS ! JE VEUX JUSTE QUE TU SORTES DE MA VIE ! Je croyais avoir été assez clair il y a des années non ?” A ce moment précis, Daniel se met à genoux et fond en larmes : “Je t’en supplie, accorde-moi juste quelques secondes…”. “OK… Je t’écoute, mais dépêche-toi ! Qu’on en finisse une fois pour toutes.” répond Fishman méprisant.  

Daniel lui raconte alors toute son histoire en pleurant à chaudes larmes. Il lui raconte comment après dix de mariage il n’a toujours pas d’enfants. Il explique ce que l’homme de Dieu lui a dit à propos du conflit qui empêche la bénédiction de se répandre sur sa famille. Il termine son récit en disant : “Je suis venu jusqu’ici pour te demander pardon… je veux qu’on fasse la paix, je t’en supplie… pardonne-moi.” Fishman reste silencieux un moment. Des larmes coulent sur ses joues et il finit par avouer à son tour : “Tu sais… c’est pareil pour moi. Je suis marié depuis plusieurs années, et je n’ai toujours pas d’enfants… ma femme et moi n’y comprenons rien… Daniel est littéralement scotché par cette révélation. Les deux hommes se regardent. Les terribles souvenirs de leurs quatre années d’écoles sont encore bien présents dans leur esprit. Chacun en ressent encore les douleurs et les blessures. En fait, elles ne se sont jamais apaisées ni refermées… Tout cela passe à toute vitesse en boucle dans leur tête… Comment arriver à tirer un trait sur ce passé douloureux ? Le pardon de Dieu est le meilleur cicatrisant et la meilleure “thérapie” pour connaître la paix de l’âme, de l’esprit et du corps. Cela n’a pas été facile, mais Daniel et Fishman ont fini par se pardonner de tout leur cœur, tirer un trait sur leur passé douloureux, et faire la paix. Est-ce étonnant qu’un an plus tard, tous deux ont eu le bonheur de célébrer la naissance de leur premier enfant ? Incroyable mais vrai !

Dieu est un Père qui veut le bien de chacun de ses enfants. Souvent il se sert de circonstances pour mettre Son doigt sur un ou des points bien précis dans notre vie qui l’attriste. Par cela il veut notre sanctification (1 Thessaloniciens 4 verset 3) afin que nous soyons en paix avec Lui et tous les hommes (Hébreux 12 verset 14). C’est pourquoi quand Il est à l’oeuvre dans nos vies, ne lui résistons pas, et là où nous avons fait du tort… sachons le réparer avec humilité : “Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ.” (Éphésiens 4 verset 32)

Bonne semaine

Debout Jeunesse