Tu ne me reconnais pas ?

Matthieu 25 verset 23 : “Son maître lui dit : C’est bien, bon et fidèle serviteur. Tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup. Entre dans la joie de ton maître.”

Quelle parole encourageante ! Le Seigneur n’est pas un maître ingrat. Il sait récompenser la bonté et la fidélité de ses serviteurs. Il connaît à la fois nos faibles moyens pour accomplir ce qu’il nous demande, et ne nous donne pas une tâche qui est au-dessus de nos forces. Que l’on reçoive de Sa main cinq, deux, ou un talent, Dieu nous demande de les faire fructifier. En effet, un enfant de Dieu ne peut pas rester les bras croisés, ne sommes-nous pas des ouvriers avec Christ ? (1 Corinthiens 3 verset 9). Dieu est à la fois un merveilleux maître récompensant ses serviteurs, mais il est aussi un juste juge. C’est ce que Cédric, un jeune homme du sud de la France, va comprendre au travers de son parcours de vie.

Dans une petite ville du sud de la France, un jeune garçon s’arrête devant une grande maison. Levant la tête il se met à crier : “Bruno, Bruno !” Une fenêtre du premier étage s’ouvre aussitôt, et la tête de Bruno apparaît dans l’encadrement. En voyant son ami Cédric, Bruno sourit. Mais il n’a pas le temps de lui répondre quelque chose que celui-ci poursuit : “Allez, viens Bruno! On va faire un tour à vélo. Il fait tellement beau aujourd’hui !” Mais le jeune homme est embarrassé : “Euh… Attend mon vieux… Faut que je termine d’abord mon boulot. J’ai une tonne d’exercices de maths. Je viendrai ensuite si maman veut bien.” Tout le quartier connait bien ces deux jeunes garçons. Ils sont inséparables et attachés par une très forte et solide amitié. Ils habitent dans le même quartier, dans la même rue, vont à la même école, sont dans la même classe et s’entendent à merveille. Jamais un accroc entre eux et quand l’un est dans la difficulté, l’autre vient à son aide et vice et versa. Bien souvent les gens qui ne les connaissent pas pensent qu’ils sont deux frères jumeaux tant leur entente est belle et harmonieuse. Et pourtant ils sont si différents l’un de l’autre ! Cédric est plutôt manuel : réparer, bricoler, travailler de ses mains est ce qu’il préfère, tandis que Bruno est plutôt intellectuel, toujours le nez dans ses cahiers de mathématiques et de français… Toujours est-il que ces deux jeunes hommes ayant grandi ensemble dans ce même quartier n’imaginent pas qu’ils pourraient un jour vivre l’un sans l’autre. Et pourtant, comme c’est souvent le cas… la vie va peu à peu les séparer.

Cela a commencé l’année où Cédric a dû redoubler une classe. Bruno est passé, lui non. Ils se voient pourtant à toutes les récréations, mais leurs horaires de cours ne coïncident pas. De ce fait, ils ne rentrent plus ensemble à la maison et se voient de moins en moins. Puis les choses s’accélèrent, quand Bruno annonce à son ami qu’il va déménager. C’est le choc pour Cédric. Celui-ci ne veut pas y croire. Mais il se rend vite à la terrible évidence quand un jour, un énorme camion de déménagement s’arrête devant la porte du logement de Bruno. “Ça y est, il s’en va…” soupira tristement Cédric le front collé sur le carreau de sa fenêtre. Pour lui c’est un déchirement, rien ne sera plus comme avant. Bruno s’en va à plusieurs dizaines de kilomètres. Pour le jeune adolescent, c’est sûr qu’ils ne se verront plus, il laisse échapper ses larmes… Ce sont les coups frappés à sa porte qui vont le sortir de ses pensées mélancoliques. Il descend rapidement les escaliers, s’essuie le visage et ouvre la porte. Derrière, c’est Bruno. Ses yeux à lui aussi sont aussi tout rouges. Il ne sait pas trop quoi dire, si ce n’est : “Nous partons aujourd’hui, et je voulais te dire au revoir… On se reverra souvent tu sais !” Cédric, hoche la tête, et répond : “Oui bien-sûr qu’on se reverra, on est deux frères, hein ?” Bruno le prend alors dans des bras, et lui glisse à l’oreille : “Oui, nous sommes deux frères, et jamais je ne t’oublierai !” Puis, Bruno salue de la main une dernière fois son ami, avant de monter dans la voiture de ses parents venus pour l’emmener vers d’autres horizons. C’est ainsi que la vie les a inexorablement séparés.

Quelques années plus tard, nous retrouvons Cédric en apprentissage chez un électricien pour apprendre le métier. L’école ce n’est vraiment pas sa tasse de thé. Il espère travailler et gagner sa vie le plus tôt possible. Très souvent quand il est au travail, il repense à son vieux copain Bruno. Impossible pour lui d’oublier toutes ces années de complicité, de joie, et d’insouciance… Des tas de souvenirs heureux de son enfance, en compagnie de Bruno, lui repassent dans la tête : “C’était quand même génial ! Ah le bon vieux temps ! Je me demande bien ce qu’il est devenu ce cher Bruno ?”. Après son apprentissage, Cédric a eu la chance d’être embauché dans une très grande entreprise. Le soir, il se retrouve seul, et après le travail dans la petite chambre qu’il a louée : Il s’ennuie à mourir… Que faire ? Alors pour rompre la solitude, il se rend au café d’en face. Peu à peu il se fait quelques connaissances, avec lesquelles il discute, rigole et refait le monde. Or un jour, il fait la connaissance de quelques jeunes qui ont approximativement son âge. A première vue, ils sont sympathiques. Cédric commence à apprécier leur compagnie, aimant discuter autour d’un verre, parfois jusqu’à une heure avancée de la nuit. Un soir, l’un d’entre eux l’attire dans un recoin du café, car il a une proposition à lui faire : “Dis-moi mon pote, combien tu gagnes avec ton boulot d’électricien ?” Cédric est un peu pris de court par cette question, il répond : “Ben juste de quoi payer mon loyer et mes factures. Mais j’arrive à mettre de côté pour m’acheter une voiture… Pourquoi tu me poses cette question ?” L’homme regarde a droite puis à gauche, pour être sûr de ne pas être entendu. Puis il fait signe à Cédric de lui tendre l’oreille. Il lui murmure alors tout bas : “Tu sais mon pote, y’a moyen de se faire du fric plus facilement et encore plus vite qu’avec une sacoche d’électricien. Tu sais Cédric, ce que les gens ne veulent pas donner, il suffit de leur prendre ni vu ni connu, et le tour est joué… Ta bagnole, tu seras pas obligé d’attendre des années pour te la payer. Ça ne tient qu’à toi, demain tu peux l’avoir ! Fais moi confiance…” 

Depuis cette rencontre, Cédric n’a plus de paix intérieure, il est comme sens dessus dessous. C’est vrai qu’il en a très envie de cette voiture, mais de là à devenir malhonnête ! Pourtant chaque soir il retourne au café et reçoit la même proposition. A force de persuasion, Cédric finit par se laisser convaincre, emporté par l’appât du gain soi-disant facile. C’est pour cela qu’il se retrouve quelques jours plus tard au tribunal, menottes aux mains, encadré par deux solides gendarmes. Cédric a été arrêté pour cambriolage. Plongé dans ses réflexions, Cédric sait qu’il risque d’être lourdement condamné. Peut-être de la  prison avec sursis ou du ferme ? Une amende qu’il ne pourra jamais payer ? Des tas de pensées aussi noires les unes que les autres traversent sont esprit. Mais celui-ci se glace en un instant, quand une porte s’ouvre pour laisser entrer les juges habillés de leur robes rouges et noires. Parmi eux… NON c’est impossible… Cédric n’en croit pas ses yeux : Bruno ! Celui-ci est maintenant assis dans son fauteuil de juge. Il regarde le présumé coupable de ses yeux bleus limpides. Cédric comprend tout de suite que quelque chose a changé dans ce regard jadis si chaleureux. Il ne retrouve plus cette chaude lueur d’amitié qui les unissait enfant. Cédric voudrait crier et interpeller son ancien ami en disant  : “Mais Bruno, tu ne me reconnais pas ? Je suis Cédric ton ami, ton frère, tu ne te souviens pas ?” Mais rien ne sort de sa bouche, alors qu’on commence à énumérer lentement et froidement son nom, son prénom, son adresse et les charges qui sont retenues contre lui…

Puis à la fin du procès, comme dans un cauchemar dont il ne parviendrait pas à sortir, Cédric entend la sentence prononcée par son ancien camarade : “Monsieur Forestier Cédric, vous êtes condamné à 6 mois de prison avec sursis et 25 000 € d’amende.” Il frappe alors de son marteau de juge tandis que Cédric est complètement anéanti ! “25 000 € ! Autant aller se pendre ! Comment vais-je payer une telle somme ?” pense-t-il. Quelques heures ont passé. Cédric a été remis en liberté et renvoyé chez lui. Assis sur le bord de son lit, dans sa petite chambre, la tête dans les mains, il se demande comment il va faire pour payer l’énorme amende qu’on vient de lui infliger. Perdu dans de sombres pensées, Cédric entend à peine qu’on frappe à sa porte : “Entrez, c’est ouvert !” La porte s’ouvre doucement : C’est Bruno… Celui-ci demande “Cédric, est-ce que je peux entrer ?”. Ce dernier le dévisage et lui lance alors d’un ton rogue : “Mais c’est comme vous voulez monsieur le juge…” Bruno s’assied alors en face de lui. Cédric remarque qu’il  ne ressemble en rien au Bruno glacial du tribunal. Non, c’est bien le Bruno d’autrefois avec ses yeux pétillants d’une sincère amitié et sa voix chaude qui se présente comme le bon copain de jadis. Les deux hommes commencent à parler ensemble. Ils retrouvent instantanément toute leur complicité. Cédric est profondément troublé. Est-ce vraiment le même homme qui siégeait il y a à peine quelques heures au tribunal ? Est-ce vraiment lui qui a prononcé cette terrible sentence ? Puis Bruno devient subitement grave : “Cédric, que penses-tu faire maintenant ?” Pour le jeune homme, la réponse fuse dans sa tête. Il va lui jeter en pleine face : “Ben là tu vois, je vais essayer de payer l’amende des 25 000 € que tu m’as collée !” Mais il n’en a pas le temps que Bruno poursuit : “Écoute mon ami. J’ai acheté une petite maison entourée d’un immense jardin. Tu me connais, tu sais que je ne suis pas très fort pour le jardinage et les travaux d’entretien… Ce serait vraiment chouette si tu voulais venir t’en occuper. Nous habiterions ensemble, dans la même propriété et ce serait alors un peu comme autrefois. Ça m’a tellement manqué tu sais !” Cédric lève la tête. Il rencontre le regard de Bruno qui le regarde interrogateur, comme autrefois quand il lui demandait de réparer son vélo. “Mais, et l’amende ?” balbutie-t-il, tout confus. Bruno le fixe alors de ses deux yeux d’un bleu limpide : “L’amende ? Elle est payée ! Alors tu viens ?” Cédric commence alors à rêver. Cette propriété, il la voit avec son immense jardin. Il a toujours aimé s’occuper de jardinage. Et lorsque Cédric quitte pour toujours sa mansarde pour suivre Bruno dans l’escalier, il réalise que celui qui l’a condamné ce matin au tribunal, celui qui a payé l’amende et celui chez lequel il va habiter désormais, n’est autre que son ami de toujours.

Ne sommes-nous pas comme Bruno ? “Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. (Romains 3 verset 23)  Mais Jésus a payé le prix de notre condamnation à la Croix pour nous libérer et nous affranchir du péché qui nous sépare de Dieu : “[…] et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ.” (Romains 3 verset 24). C’est une réalité, Jésus est mort à notre place, et Il nous invite encore aujourd’hui à vivre avec et pour Lui.

Bonne semaine

Debout Jeunesse